Pourquoi la méthode fodmap est scientifiquement solide

Non, le régime fodmap n’est pas une mode (comme le régime cétogène ou paléo). Non, ce n’est pas un choix de vie (comme les régimes vegans ou végétariens). Non, ce n’est pas un régime pour maigrir ou un régime qui souffre de validité scientifique ou je ne sais quoi d’autre : c’est une contrainte, une contrainte médicale, qui répond à une maladie clairement identifiée. Cela peut être un syndrome de l’intestin irritable (SII), une fibromyalgie, un SIBO, une endométriose ou une maladie de Crohn par exemple. 

C’est simple à comprendre : certains sont allergiques aux arachides, il leur faut donc éviter les arachides sous peine de graves problèmes. De notre côté nous sommes intolérants à certains glucides (des sucres, donc), que nos intestins digèrent mal et peuvent causer ballonnements, diarrhées, constipations, gaz, et ce dans des proportions bien supérieures à la normale au point de sérieusement altérer la vie.

A l’inverse d’une allergie qui peut se détecter par une prise de sang (une production d’anti-corps est alors détectée, qui est la réponse du corps à une « attaque » provoquée par l’allergène), une intolérance ne génère rien de cela et tous les tests sont normaux. Si la différence entre les allergies et les intolérances vous intéressent, voyez mon article à ce sujet ici.

Comment prouver qu’un régime fonctionne ? Et comment s’en assurer scientifiquement ?

On va prendre le type d’étude de référence, celui utilisé en médecine ou en pharmacie pour prouver l’efficacité de nouveaux traitements ou médicaments. On parle d’« essai randomisé contrôlé ». Le but est de répartir aléatoirement les patients en 2 groupes « correspondants à chaque approche thérapeutique testée. […] Les sujets, les thérapeutes et les évaluateurs sont dans la mesure du possible en aveugle, c’est-à-dire qu’ils ne savent pas dans quel groupe est le patient. Ceci permet que la seule variable qui soit différente entre les groupes soit le traitement. L’aveugle est maintenu en utilisant des techniques de placebo. » [source G].

C’est la base de la médecine fondée sur les faits.

Et si je vous en parle, vous vous doutez bien qu’elle a été appliquée avec succès aux fodmaps. Le but final est de comparer un régime faible en fodmaps à un régime « standard », riche en fodmaps, qui joue le rôle d’étalon.

On ne pourra dire qu’un traitement a de l’effet que si l’on observe une différence statistique significative entre les deux groupes, c’est-à-dire que la probabilité que la différence observée entre les deux traitements soit due uniquement au hasard, est inférieure à un certain seuil fixé. [source H]

Non seulement cette méthode est la méthode de référence (la « gold standard »), mais le fait qu’elle soit menée en aveugle est d’autant plus important car le psychosomatique joue quelque part dans notre pathologie. Cette méthode permet donc d’éviter tous biais issus de nos cerveaux !

allégorie visuelle d'un test permettant d'affirmer que les fodmaps, ça marche.
Soyons honnête, cette photo n’a aucun rapport avec les fodmaps. Mais je n’allais quand même pas illustrer cet article par une photo représentant des résultats statistiques, avouez que cette roche minérale est quand même nettement plus jolie 😄.
Photo de Rafael Zamora (Unsplash).

Côté fodmaps, comment a-t-on procédé ?

Cela a commencé de 1999 avec le gastro-entérologue Peter Gibson et le docteur en nutrition et diététique Susan Shepherd, deux scientifiques australiens de l’Université de Monash, à Melbourne. Entre 1999 et 2014, une série d’études majeures ont été publiées par leur équipe ; Jane Muir, Jacqueline Barrett et Emma Halmos sont trois autres scientifiques clés de ces études.

Ils sont partis d’une hypothèse, à savoir que certains glucides à chaine courte causent les symptômes d’un Syndrome de l’Intestin Irritable, par des mécanismes de rétention d’eau dans l’intestin grêle et de fermentation dans le côlon.

Ces « glucides à chaine courte » visés étaient :

  • le fructose, en excès de glucose
  • le lactose, dans le cas d’une intolérance au lactose
  • les sucres alcool, ou polyols (essentiellement le mannitol et le sorbitol)
  • et des oligosaccharides mal digérés (surtout les fructanes et les galacto-oligosaccharides)

Ce n’est qu’en 2004 qu’ils ont inventé le terme de FODMAP pour nommer de manière plus pratique ces « sucres à chaine courte ».

Une grande avancée de leurs études et de considérer l’action de ces sucres collectivement, et plus de façon individuelle comme c’était le cas jusqu’alors dans les études scientifiques, comme le lactose.

Susan Shepherd a apporté la preuve en 2008 [par une étude en double aveugle, randomisée, avec controle placebo] que pour des patients souffrants d’un SII, une restriction de fructose et de fructanes permettait une amélioration des symptômes. [Source A]

Puis Jane Muir et Jacqueline Barrett ont montré en 2010 que le régime fodmap réduisait à la fois l’arrivée d’eau (causant les diarrhées) dans l’intestin grêle et la production de gaz dans le gros intestin. [Source B]

Le régime a été appliqué avec succès en pratique à l’Université de Monash sur des personnes souffrant d’un SII, accompagnées par leurs diététiciens, mais ils se sont demandé quel était l’impact du placebo, que l’on sait pouvoir être très puissant, par rapport au régime. Ils ont donc réalisé l’étude la plus importante, menée par Emma Halmos (étude randomisée, controlée, en simple aveugle), avec l’infrastructure de l’Université de Monash qui était nécessaire pour préparer et livrer 5000 repas ainsi qu’accompagner les patients par des diététiciens experts. [source C] :

La méthode

  • 30 patients souffrant d’un Syndrome de l’Intestin Irritable et 8 personnes en bonne santé (pour contrôle). 
  • Les participants sont assignés aléatoirement dans deux groupes : l’un va recevoir pendant 21 jours un régime faible en fodmaps (nourriture fournie par l’université), suivi d’une période de « sevrage »/« nettoyage » (washout) d’au moins 21 jours, puis termine par une période de 21 jours d’un régime australien standard, c’est à dire riche en fodmaps. L’autre groupe mènera l’ordre inverse.
  • Les symptômes digestifs sont enregistrés quotidiennement, ainsi que la nature des selles : fréquence, poids, teneur en eau (= diarrhée ou constipation).

Les résultats

Sous un régime faible en fodmaps :

  • 70% des sujets constataient une forte réduction de leurs symptômes digestifs (poids sur l’estomac, douleur, gaz),
  • La qualité des selles étaient nettement améliorée, et ce pour tous les types de SII (constipation, diarrhée ou mixte),
  • Les sujets en bonne santé utilisés pour le contrôle n’ont pas eu de symptômes digestifs particuliers ni de modification de leurs selles.
  • La conclusion de cette étude est que le régime faible en fodmaps est efficace pour les personnes souffrant d’un SII pour réduire les symptômes gastro-intestinaux. La grande qualité des preuves apportées soutient l’usage du régime faible en fodmap comme traitement de premier niveau.

Recevez la newsletter mensuelle Fodmapedia

Mon but est de vous aider à suivre un régime faible en fodmaps. Des astuces concrètes mais aussi vous expliquer le fonctionnement derrière.

Rien de plus qu'un mail par mois ! Bien sûr, je ne partagerai votre email avec personne.


La validation internationale

Ok, c’est bien joli tout ça, mais si ces études viennent toute de la même université australienne, pas particulièrement reconnue mondialement (à l’époque !), cela pourrait être suspicieux. Et l’étude la plus importante a été menée sur moins de 40 personnes, c’est vrai. Mais la recherche en nutrition est complexe et ce genre de chiffre est normal. Mais autant vous rassurer, cette approche a été vérifiée et validée dans de nombreux pays et universités n’ayant pas de rapport avec les chercheurs originaux.

D’autres études (randomisées, controlées) au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande et au Canada ont depuis démontré les bénéfices d’un régime faible en fodmap encadré par un diététicien-nutritionniste, par rapport à d’autres régimes (incluant un véritable régime placebo). Elles rejoignent les conclusions de l’Université de Monash, comme cette étude de 2017 menée sur 90 personnes au Danemark [source D]. Si vous voulez creuser, je vous mets des références complémentaires dans la section Sources en fin d’article.

2 méta-analyses (c’est un type d’étude qui reprend toutes les études précédentes sur un même thème pour en faire une synthèse, certaines étant divergentes) menées en 2015 et 2017 analysant les conclusions de dizaines d’études concernant le régime faible en fodmaps ont confirmé son efficacité pour le traitement de symptômes gastro-intestinaux fonctionnels dans le cadre d’un SII [source E et F].

Un prisme anglo-saxon

Bien que la validation internationale soit unanime, on ne peut s’empêcher de remarquer que tous ces pays sont très anglo-saxons. Leur nourriture est certes différente, mais les fondamentaux sont les mêmes.

Le problème de l’absence d’étude en France, en Belgique, Suisse, Italie ou Espagne, c’est que cela cause un manque de légitimité. Avoir une étude française solide ferait tant pour convaincre gastro-entérologues, diététiciens, pharmaciens, médecins généralistes et l’Etat. Et intégrer les cursus de formation des médecins. 

Oui, cela a déjà été prouvé il y a 10 ans, mais on voit bien que nos maladies et ce régime souffrent d’un manque de reconnaissance. 

Un SII ? Combien de malades se sont entendus dire « c’est dans la tête ». Les fodmaps ? « Encore une mode, non, en fait, vous pouvez tout manger ». Même les gastro-entérologues français (quand même plus pointus que des généralistes, on estime que les SII sont la cause de 25 à 50% de leurs consultations) sont peu nombreux à conseiller un régime faible en fodmaps à leurs patients. 

Bientôt ?


Vous avez apprécié ce contenu, vous l'avez trouvé utile ?

Pour que je puisse continuer à publier plus d'articles, de meilleure qualité, ainsi que de développer la base de données fodmapedia.com, la base de données d'ingrédients et de recettes, j'ai besoin de votre soutien.

Si ce contenu vous a plu, considérez participer sur Tipeee, même 1€, cela me motivera à continuer. Merci !


Sources

Tout d’abord un article du Dr. Gibson qui explique ces années de recherche : The low fodmap diet – how this came to be, par Peter Gibson, American College of Gastroenterology Magazine, édition été 2019, pp. 25-28.

J’ai creusé énormément de papiers de recherche pour vous faire cette synthèse, voici ceux que je pense être les plus importants :

La recherche scientifique :

Recherches les plus importantes : 

Validation extérieure à Monash :

2 études majeures, citées de nombreuses fois dans la communauté scientifiques :

2 méta-analyses :

2 articles Wikipedia utilisés

Laissez votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*