Glutamine, perméabilité intestinale et syndrome de l’intestin irritable

Voici mes notes suite à l’intervention du Dr Melchior concernant la glutamine et la perméabilité intestinale. Elle est gastro-entérologue au CHU de Rouen et est intervenue lors de la conférence « microbiote et douleur viscérale » de janvier 2021 dont j’ai fait une synthèse ici. Elle a d’ailleurs accepté de relire cet article et j’ai apporté des précisions suite à son retour, un grand merci à elle.

Jusqu’à présent, je restais volontairement éloigné du sujet de la glutamine sur ce blog ou sur notre groupe car les recherches que je pouvais faire à son sujet donnaient des résultats souvent sulfureux, pas de vraies sources fiables qui me convainquaient de leur sérieux, beaucoup d’affirmations non sourcées et non prouvées généralement.

Le sérieux et la connaissance du Dr Melchior sur ces sujets est indéniable (la perméabilité intestinale faisait partie de sa thèse, elle fait actuellement de la recherche scientifique sur la glutamine)1, son intervention lors de cette conférence permet de faire le point sur l’état de la science en 2021 sur ces sujets.

Voici ce que je retiens concernant la perméabilité intestinale :

Comment détecter la perméabilité intestinale ?

Aujourd’hui, nous n’avons aucun test qui permet de détecter si un patient a un problème de perméabilité intestinale si vous n’êtes pas dans un protocole de recherche (vous verrez parfois le nom d’intestins poreux ou leaky gut en anglais, c’est la même chose).

J’insiste sur le fait qu’aujourd’hui on ne PEUT PAS vous affirmer, détecter ou pronostiquer un problème de perméabilité intestinale. Si un professionnel vous l’affirme et que vous ne faites pas partie d’une étude scientifique à ce sujet, il y a un problème.

Plusieurs études ont été menées pour trouver un diagnostic, mais pour l’instant toutes les pistes étudiées ont échoué.

D’autres études sont en cours et prometteuses, mais restent à l’état de recherche scientifique et ne sont ni prouvées ni accessibles au grand public.

Cela ne veut pas dire que la perméabilité intestinale est un mythe, cela signifie qu’aujourd’hui, dans l’état actuel de la science, l’existence de cette anomalie n’est ni prouvée, ni prouvable (le Dr Melchior me précise qu’on ne peut pas vraiment parler de « maladie » ou de « syndrome », le terme anomalie est plus juste). Mais la médecine a toujours fonctionné comme cela : actuellement, on cherche.

La glutamine pour soigner

des comprimés de glutamine.
La glutamine est vendue comme un complément alimentaire, elle peut être sous forme de gélule ou de poudre à diluer dans l’eau.
Photo de Diana Polekhina sur Unsplash.

En dehors du SII, la glutamine a des effets réels sur notre corps (plusieurs, très variés, entre autres utiles aux sportifs), ce n’est pas un mythe ou une recette de grand mère.

En ce qui nous concerne, les personnes sur qui la glutamine a l’air d’être la plus prometteuse seraient les patients atteints d’un SII de type D (diarrhée), même si rien n’est encore établi scientifiquement.

Vu l’état actuel de la science, la glutamine n’est clairement pas recommandée à n’importe qui, mais ses dangers sont faibles et je peux comprendre que certains veulent essayer, d’autant que certains professionnels de santé en prescrivent ou que des patients en prennent en automédication, et qu’il est vrai que pour certains cela a des effets bénéfiques.

Comment prendre de la glutamine ?

Ce qui suit n’est absolument pas un encouragement à prendre de la glutamine en auto-médication, vraiment pas, mais si vous devez en prendre et comme on peut lire beaucoup de bêtises à son sujet, voici les recommandations médicales issues de l’intervention du Dr. Melchior :

  • Il faut savoir que le processus de prise de la glutamine n’est pas arrêté, tout le monde fait un peu comme il veut à l’heure actuelle,
  • Il ne faut surtout pas en prendre si vous avez des problèmes rénaux, dans tous les cas parlez en à votre médecin si vous avez d’autres pathologies, le risque n’est pas nul. Le gastro-entérologue William Berrébi averti que « la glutamine aurait un effet accélérateur de cancer dans les maladies inflammatoires » (ex : Crohn),
  • La recommandation du Dr Melchior : prises de 5 gr, 3 prises par jour, sur 8 semaines.
    • Cette dose est en fait la seule à avoir été essayée dans le cadre des SII, c’est pour cela qu’il n’ y a pas d’autres recommandations, mais cela pourrait tout à fait évoluer.
  • Essayez pendant un mois : si cela marche fantastique. Si cela ne marche pas, inutile d’insister, cela ne s’améliorera pas.
  • Est-ce que l’on peut prendre de la glutamine sur le long terme ? Si l’effet est bénéfique pour vous et que vous souhaitez continuer, il faut alors en prendre dans le cadre d’un suivi, avec un médecin. Il n’y a pas forcément de contre-indication nette sur le long terme, mais cela peut valoir le coup d’arrêter pour voir ce qu’il en est : car si pour d’autres raisons votre état s’est amélioré, la glutamine peut ne plus être utile, au moins temporairement, quitte à la reprendre plus tard.

La glutamine pour le SII est à peu peu au même stade médical que le diagnostic de la perméabilité intestinale : pour l’instant rien n’a été prouvé quant à son efficacité, même si l’on pense que cette piste est prometteuse et que des études sont en cours.

Mais si la glutamine fonctionne pour vous et que vous prenez en compte les contre-indications ci-dessus, vous avez tout intérêt à continuer, aucun problème.

Quelles preuves d’efficacité de la glutamine ?

Empiriquement, certaines personnes voient leurs symptômes nettement améliorés par la glutamine, mais on n’arrive pas à savoir de façon reproductible pourquoi et sur qui (quel type de patient aurait intérêt à en prendre), ce qui rend la glutamine difficilement recommandable d’un point de vue scientifique aujourd’hui.

UNE étude a bien montré son efficacité (je n’ai pas la source désolé), une efficacité phénoménale même, puisque 80% des patients traités ont vu un impact. Mais les conditions étaient très spécifiques (patients tous atteints d’un SII de type D et tous « post-infectieux », c’est à dire uniquement ceux pour lesquels les symptômes sont apparus après une gastroentérite ; soit moins de 3% des personnes atteintes d’un SII), l’échantillon analysé (nombre de personnes étudiées) trop faible et l’étude n’a jamais été répliquée ailleurs. Ce taux de réussite parait suspicieux à la communauté scientifique, d’autant que des biais méthodologiques sont pointés du doigts, avec une sélection en amont des participants.

Pour le moment aucun autre critère ne permet de prédire l’efficacité de la glutamine, mais encore une fois il n’y a qu’une seule étude clinique, il faut donc prendre d’énormes pincettes.

J’ai sondé notre communauté (essentiellement des patients atteints de SII) pour savoir parmi ceux qui avaient essayé, quel était l’impact pour eux et quel type de SII ils avaient.

On ne peut pas en tirer de grandes conclusions scientifiques vu l’échantillon de 116 personnes avec la moitié qui n’a pas essayé / qui ne connait pas, mais il reste intéressant je trouve :

Sondage sur le groupe Fodmap France.

Une grande partie des sondés ne connait pas la glutamine, beaucoup y pensent, mais l’efficacité de ce complément alimentaire ne ressort pas de façon flagrante, c’est le moins que l’on puisse dire.

Mon objectif central avec cet article n’est absolument pas de faire la promotion de la glutamine, mais d’éclairer ceux qui se posent des questions à son sujet car il revient souvent sur les groupes de patients.

La recherche est en cours, les chercheurs voient bien qu’il y a un problème quelque part (perméabilité ou autre chose) et que la glutamine a des effets intéressants sur certaines personnes. Mais dans l’état actuel des choses il est difficile de la recommander à n’importe quel patient SII et de promettre une quelconque efficacité.

Nous verrons peut-être d’ici quelques années des clarifications concernant la glutamine, d’ici là, ce complément alimentaire reste à prendre avec des pincettes.

Un grand merci au Dr Melchior pour sa relecture de cet article, j’ai pu apporter des précisions sur quelques paragraphes, c’est très apprécié.

Elle me précise par ailleurs que son laboratoire, l’INSERM 1073 « Nutrition, inflammation et dysfonctionnement de l’axe intestin-cerveau » travaille sur la thématique de la glutamine mais les travaux de recherche sur la glutamine ont débuté bien avant avec le Pr Pierre Déchelotte, directeur du laboratoire, et le Pr Moïse Coëffier (on ne fait jamais de la recherche seul mais en équipe).

La conférence complète est accessible ici (Youtube).

5 commentaires

  1. Moi j en prends en automédication et franchement je suis nettement améliorée
    Avec le charbon ça marche après des problèmes non résolus pendant des mois
    Ssi D

  2. Merci beaucoup pour le compte-rendu!!

  3. Merci pour cet article ! J’avais lu que la glutamine ne pouvait pas être absorbée naturellement par l’intestin sans certains autres compléments alimentaires. D’où la prise de compléments type Permearegul+ Qu’en pensez vous ?

    • Je vous avoue que je ne sais pas ! Il faudrait poser la question à un médecin / diététicien(ne), je me note cela dans un coin si je croise quelqu’un qui connait bien cela.

  4. Bonjour
    Je terminé aujourd’hui un traitement d’1 mois (SII C) J’ai constaté que cela accentue la constipation Difficile de dire que c’est efficace car j’ai parallèlement mis en place d’autres moyens (fodmaps identifiés depuis presque un mois également + auto-hypnose) Donc je me sens mieux, sauf quand mon transit est « bloqué »: au bout d’une semaine j’ai des douleurs Les effets de la glutamine c’est pour le moment là constipation donc je vais arrêter pour voir si je me sens mieux, plus mal ou pareil
    Ce syndrome c’est de la recherche personnelle en permanence

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