Compte rendu de la conférence « microbiote et douleur viscérale »

J’ai assisté la semaine dernière à cette conférence :

Au programme, SII, fodmaps et glutamine, ce dernier sujet m’intéressait tout particulièrement, car il est souvent très flou et je n’ai jamais su quelles étaient les bases scientifiques de ceux qui la promouvaient.

2 des 4 interventions étaient destinées à des chercheurs (c’était très pointu, trop pour en retirer quoi que ce soit d’intéressant à mon sens), les 2 autres étaient passionnantes.

Voici donc ma synthèse de ce qui m’a paru le plus intéressant pour nous, je ne prétends pas à une parfaite exhaustivité de ce qui a été couvert et je rajoute mes remarques pour compléter :

La prévalence du SII est désormais affinée à 4,1% (monde)

La prévalence est le terme scientifique pour parler de la proportion de personnes atteintes d’une maladie, comparée à la population mondiale dans notre cas.

Ce taux est souvent décrété entre 5 et 15% en fonction des personnes, de la fraicheur de leurs informations et de leurs intérêts.

Une étude récente mondiale sur le sujet l’a affiné et évalué à 4,1%, il était plutôt autour des 5-10% aux dernières nouvelles, mais il a baissé car les critères d’évaluation d’un syndrome de l’intestin irritable ont évolué et que re-évaluer à grosse échelle prend du temps (Rome IV, 2016).

La prévalence du syndrome de l’intestin irritable est évaluée à 4,1% en 2021 au niveau mondial, avec quelques disparités en fonction des pays.

On ne dit plus « Troubles Fonctionnels Intestinaux »

Mais « Troubles de l’Interaction Cerveau-Intestin ». Et cela change tout.

Les maladies comme le SII étaient historiquement classées dans les TFI, les troubles fonctionnels intestinaux (voici la liste), et les avancées scientifiques font qu’un consensus médical s’est formé autour de ce nouveau terme, qui se répand peu à peu dans la profession.

On va donc voir les gastro-entérologues, médecins focalisés sur l’appareil digestif, de la bouche à l’anus, de plus en plus inclure la relation « cerveau-intestin » comme faisant partie de la réflexion normale, puisque l’on voit de plus en plus de preuves de leurs interactions communes (dans les deux sens).

Je ne crois pas avoir besoin de vous convaincre vous, patients, que c’est une bonne chose que le problème soit pris dans son ensemble tant nous sommes nombreux à « ressentir » ce lien.

Quelques caractéristiques d’un patient SII

J’ai trouvées ces statistiques intéressantes, d’autant plus qu’elles sont toutes appuyées par des études scientifiques sérieuses, ce n’est pas juste un ressenti de médecin :

  • 2/3 des patients font un lien entre leur alimentation et leurs troubles
    • Cela parait évident pour nous, mais pas pour de nombreux médecins qui s’obstinent à se focaliser seulement sur les médicaments. La lecture de l’étude de Simren pourra peut être les faire changer d’avis ? (publiée en 2001 pourtant, rien de neuf !)
  • 1/3 des malades sont soulagés par un placebo. Quand même.
  • Les médicaments soulagent moins d’un patient sur deux.
    • Si l’on peut constater l’efficacité importante d’un placebo chez certains, on ne peut pas non plus se reposer exclusivement sur les médicaments qui n’ont montré une efficacité que de 7 à 14% de plus qu’un placebo : ce chiffre est trop faible pour légitimer leur usage massif, les médicaments ne sont pas la panacée.
  • Au final, une prise en charge d’un SII doit reposer sur 3 piliers, ou tout du moins considérer les 3 :
    • médicaments
    • alimentation (fodmaps…)
    • comportementale (hypnose…)

Effet nocebo lors des réintroductions

Le Pr. Jouët a également abordé l’effet nocebo lors de la réintroduction d’un aliment, après une période de suppression. Il est réel et constaté chez de nombreux patients.

En clair : si vous avez évité les champignons pendant un an car vous savez qu’ils sont quasiment tous riches en mannitol, et que vous tentez leur réintroduction, vous pourriez (croire) ne pas les supporter et incriminer le mannitol alors que vous les supportez très bien.

C’est un mécanisme psychologique très puissant (l’inverse de l’effet placebo, un peu plus connu) et je pense que c’est un risque majeur du régime fodmaps auquel nous sommes tous confrontés.

C’est en partie ce qui rend les réintroductions difficiles, mais la meilleure façon d’éviter ce problème est de ne pas faire trainer la phase 1. Plus elle durera et plus les réintroductions seront difficiles je pense, car des biais psychologiques viendront se rajouter.

Lors des réintroductions, certaines personnes concluent qu’elles sont intolérantes à toutes les familles de fodmaps, c’est assez peu probable a priori. Il pourrait être intéressant de « se forcer » (même Pascal Obispo le dit) et re-essayer quelques jours après avoir écarté une famille, les résultats pourraient être différents de vos tests initiaux. Même si le mieux reste de se faire accompagner par une diététicienne lors de ce processus qui est loin d’être évident.

De même, je pense que cet effet nocebo sera démultiplié si l’on a mangé sans fodmaps pendant longtemps : il est important de manger faible en fodmaps.

Un exemple classique : exclure totalement le lait est la meilleure façon de se créer une intolérance qui n’existait peut être pas ou de l’aggraver nettement. Mangez un peu de fromage, du beurre normal (pas besoin de consommer du ghee, un beurre clarifié), un demi-yaourt type BA… c’est important de laisser son corps exposé au lactose en petite quantité ! Et cela est tout aussi valable pour les autres familles de fodmaps : n’appauvrissez pas inutilement votre microbiote intestinal.

Glutamine et perméabilité intestinale

J’avais commencé à faire ma synthèse ici mais le sujet était trop long, j’ai donc écrit un article dédié sur la glutamine et la perméabilité intestinale.


Un grand merci aux chercheurs, professionnels et organisateurs de cet évènement, je pense que l’activité dans les commentaires lors de la conférence a montré qu’il y a clairement de la demande pour de l’information sérieuse sur ces sujets !

Je terminerai par une citation d’une patiente SII qui a témoigné lors de cette conférence :

Un régime, pour être acceptable, doit être accepté.

Si vous n’adhérez pas au protocole fodmaps, vu les contraintes et frustrations que ce régime peut engendrer, cela peut être très compliqué. Et je pense que se prendre en charge en se documentant, en comprenant ce qui se passe, en maitrisant peu à peu les subtilités de notre corps et de la nutrition, aide à faire les bons choix et à adhérer aux contraintes.

Bonne route à vous, elle est parfois longue, mais elle vaut le coup !

La conférence complète est accessible ici (Youtube).

11 commentaires

  1. Merci beaucoup pour vos conseils et votre investissement

  2. Merci pour la réf de ce webinaire, j’étais passée â côté, je vais suivre le replay avec intérêt !
    (Au passage : superbe placement de la réf à Obispo 👏)

  3. Merci beaucoup . On a bien compris ce qui je pense devait être assez indigeste pour la partie poussée du sujet 👍👍👍

  4. Super intéressant, notamment la partie sur les nocebos ! 👍 Merci d’avoir digéré ces infos pour nous 😅😂

  5. Merci Emmanuel !

    • Je n’ai jamais eu autant de remerciements en si peu de temps sur un article, je crois que je vais assister à plus de conférences alors si cela vous plait ! 😅

  6. Merci beaucoup pour votre travail si documenté et tellement précieux !

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